LE GUIDE DU DIRIGEANT · GESTION FINANCIÈRE

Comment établir un plan de trésorerie ?

Anticipez les entrées et les sorties d’argent de votre entreprise, repérez les périodes à risque et prenez les bonnes décisions grâce à un plan de trésorerie prévisionnel simple et efficace.

Guide pratique · 2026

La trésorerie est un élément essentiel de la gestion d’une entreprise. Même lorsqu’une activité est rentable, un décalage entre les factures à encaisser et les dépenses à payer peut provoquer des difficultés financières. C’est notamment le cas lorsque les clients règlent tardivement alors que les salaires, les cotisations sociales, les fournisseurs ou les échéances de prêt doivent être payés à date fixe.

Le plan de trésorerie permet de prévoir ces mouvements d’argent sur plusieurs mois. Il donne au dirigeant une vision concrète du solde bancaire attendu et l’aide à anticiper les besoins de financement avant qu’ils ne deviennent urgents.

L’essentiel : un plan de trésorerie ne sert pas seulement à enregistrer les dépenses passées. Il permet de prévoir, mois après mois, les encaissements et les décaissements réels afin d’identifier les périodes où l’entreprise risque de manquer de liquidités.

1. Qu’est-ce qu’un plan de trésorerie ?

Un plan de trésorerie est un tableau prévisionnel qui recense les entrées et les sorties d’argent attendues sur une période déterminée. Il permet de calculer le solde de trésorerie prévisionnel à la fin de chaque mois.

Il est généralement établi sur 12 mois pour obtenir une vision annuelle, mais il peut être adapté à la situation de l’entreprise. Une activité saisonnière, une entreprise en création ou une société rencontrant des tensions financières peut avoir besoin d’un suivi plus fréquent.

Les encaissements

Il s’agit des sommes qui doivent réellement entrer sur le compte bancaire : règlements clients, apports en capital, emprunts débloqués, subventions encaissées ou remboursements attendus.

Les décaissements

Ils correspondent aux sommes qui doivent réellement sortir : fournisseurs, salaires, cotisations sociales, TVA, impôts, loyers, assurances, remboursements d’emprunts et investissements.

Le plan de trésorerie se distingue du compte de résultat prévisionnel. Le compte de résultat suit les produits et les charges d’un exercice comptable, tandis que le plan de trésorerie suit les mouvements d’argent et leurs dates de paiement.

Exemple : vous réalisez une prestation de 3 000 € en janvier, mais votre client ne vous paie qu’en mars. Le chiffre d’affaires peut être rattaché à janvier selon les règles comptables applicables, tandis que l’encaissement apparaît en mars dans le plan de trésorerie.

2. Pourquoi établir un plan de trésorerie ?

Le suivi de trésorerie apporte une vision plus précise de la capacité de l’entreprise à faire face à ses échéances. Il permet notamment de :

Anticiper les difficultés

Identifier à l’avance un mois durant lequel le compte bancaire risque de devenir insuffisant.

Planifier les dépenses

Prévoir les achats, les investissements et les échéances importantes avant de s’engager.

Améliorer les encaissements

Repérer les retards de paiement et organiser les relances clients plus efficacement.

Prendre des décisions

Évaluer si l’entreprise peut financer un recrutement, un équipement ou un nouveau projet.

3. Quelles informations rassembler avant de commencer ?

Avant de construire le tableau, réunissez les informations nécessaires pour établir des prévisions cohérentes avec votre activité.

Les données de départ

  • Le solde bancaire de départ, en tenant compte des comptes de trésorerie concernés.
  • Les factures clients émises et les dates de règlement prévues.
  • Les devis acceptés et les ventes prévisionnelles raisonnablement attendues.
  • Les factures fournisseurs à payer et leurs échéances.
  • Les échéances de salaires, de cotisations sociales et de prélèvement à la source, le cas échéant.
  • Les échéances fiscales, notamment la TVA et les acomptes d’impôt applicables.
  • Les loyers, assurances, abonnements et autres charges récurrentes.
  • Les échéances de prêts, les investissements et les apports ou financements prévus.

Appuyez-vous autant que possible sur les relevés bancaires, les factures, les contrats, les échéanciers et les prévisions commerciales. Pour les ventes qui ne sont pas encore confirmées, utilisez des hypothèses prudentes plutôt que de considérer chaque devis comme une recette certaine.

4. Comment construire un plan de trésorerie étape par étape ?

1

Déterminer le solde de trésorerie initial

Commencez par le montant réellement disponible au début de la période. Pour une entreprise déjà créée, appuyez-vous sur les soldes bancaires et les éventuelles autres disponibilités de trésorerie prises en compte dans votre tableau.

Pour une création d’entreprise, intégrez les apports et financements selon leur date prévisionnelle de mise à disposition, et non simplement à la date de signature des documents.

2

Prévoir les encaissements

Listez les recettes attendues et positionnez-les au mois où l’argent devrait effectivement être reçu. Prenez en compte les délais de paiement des clients, les acomptes, les éventuels impayés et la saisonnalité de l’activité.

Pour une facture de 4 800 € TTC payable à 30 jours, l’encaissement doit être prévu à la date de règlement attendue, en tenant compte des conditions réelles de paiement.

3

Prévoir les décaissements

Recensez les dépenses fixes et variables, puis positionnez-les selon leurs dates de paiement. N’oubliez pas les charges moins fréquentes : assurances annuelles, impôts, échéances fiscales, renouvellement de matériel ou régularisations.

Les décaissements sont généralement prévus TTC lorsque la TVA est payée au fournisseur. La TVA récupérable et les paiements à l’administration doivent être traités à leurs dates respectives, afin d’éviter les doubles comptages.

4

Calculer le solde de fin de période

Pour chaque mois, additionnez le solde de début et les encaissements, puis retranchez les décaissements. Le résultat devient le solde de départ du mois suivant.

Trésorerie finale = Trésorerie initiale + Encaissements − Décaissements
5

Analyser les résultats et actualiser les prévisions

Repérez les mois où le solde devient trop faible ou négatif. Comparez ensuite les prévisions aux montants réellement encaissés et décaissés, puis mettez le tableau à jour avec les nouvelles échéances.

5. Exemple de plan de trésorerie mensuel

Prenons l’exemple d’une petite entreprise qui dispose de 5 000 € au début du mois de janvier. Le tableau ci-dessous présente des prévisions simplifiées sur trois mois.

Éléments Janvier Février Mars
Trésorerie initiale 5 000 € 7 000 € 5 000 €
Encaissements prévus 12 000 € 9 000 € 8 000 €
Décaissements prévus 10 000 € 11 000 € 14 000 €
Variation mensuelle +2 000 € −2 000 € −6 000 €
Trésorerie finale 7 000 € 5 000 € −1 000 €

En janvier, l’entreprise améliore sa trésorerie grâce à des encaissements supérieurs aux décaissements. En février, elle consomme une partie de cette réserve. En mars, les sorties d’argent dépassent les ressources disponibles et font apparaître un besoin de financement prévisionnel de 1 000 €.

Que faire dans cette situation ? Il faut agir avant mars : accélérer les règlements clients, négocier des délais fournisseurs lorsque c’est possible, décaler une dépense non urgente ou étudier un financement adapté. Le tableau permet de prendre ces décisions suffisamment tôt.

Cet exemple est simplifié : dans une situation réelle, les prévisions doivent intégrer toutes les échéances connues et être vérifiées à partir des informations propres à l’entreprise.

6. Faut-il intégrer la TVA dans le plan de trésorerie ?

Oui. La TVA peut avoir un impact important sur la trésorerie, car la TVA encaissée auprès des clients n’est pas nécessairement une somme définitivement acquise à l’entreprise. Selon le régime applicable, celle-ci peut devoir reverser une TVA collectée, après prise en compte de la TVA déductible dans les conditions prévues par la réglementation.

Pour construire des prévisions fiables, il faut distinguer les règlements des factures et les paiements de TVA à l’administration. Ces flux peuvent intervenir à des dates différentes.

TVA sur les ventes

Prévoyez les encaissements TTC selon les dates de règlement attendues. La TVA collectée doit ensuite être prise en compte dans les échéances fiscales applicables.

TVA sur les achats

Prévoyez les paiements fournisseurs TTC, puis tenez compte de la TVA déductible et de sa prise en compte dans les déclarations, selon les règles applicables.

Le calendrier dépend notamment du régime de TVA de l’entreprise, de la nature des opérations et, dans certains cas, de la date d’encaissement ou de facturation. Il est donc préférable de partir du calendrier fiscal réel plutôt que d’appliquer un montant forfaitaire chaque mois.

7. Quelle différence entre trésorerie et bénéfice ?

La trésorerie et le bénéfice sont deux notions différentes. Une entreprise peut réaliser un bénéfice tout en rencontrant des difficultés pour payer ses échéances. À l’inverse, elle peut disposer temporairement d’une trésorerie positive alors que son activité est déficitaire.

Trésorerie Bénéfice
Mesure les liquidités disponibles et les flux d’argent. Mesure le résultat comptable sur une période.
Dépend des dates de paiement et d’encaissement. Dépend des produits et charges rattachés à l’exercice selon les règles comptables.
Un emprunt reçu augmente la trésorerie, mais ne constitue pas un bénéfice. Le remboursement du capital d’un emprunt diminue la trésorerie, mais ne constitue généralement pas une charge du compte de résultat.

Pour piloter correctement une entreprise, il est donc utile de suivre à la fois le résultat comptable, le budget prévisionnel et la trésorerie. Ces outils se complètent, mais ne répondent pas à la même question.

8. À quelle fréquence faut-il mettre à jour son plan de trésorerie ?

Le plan de trésorerie doit évoluer avec la situation réelle de l’entreprise. Un tableau établi une seule fois puis jamais actualisé perd rapidement son intérêt.

Chaque mois

Pour une activité stable, comparez les prévisions aux mouvements réels, mettez à jour les factures et vérifiez les prochaines échéances.

Chaque semaine

En période de tension financière, de forte croissance ou de variation importante des encaissements, un suivi hebdomadaire est souvent plus pertinent.

Un suivi plus rapproché peut aussi être utile lors d’un lancement d’activité, d’un investissement important, d’un recrutement ou d’une baisse temporaire des ventes.

9. Quelles erreurs éviter lors de la création du plan de trésorerie ?

Surestimer les ventes

Ne considérez pas toutes les propositions commerciales comme des recettes certaines. Distinguez les contrats signés, les factures émises et les opportunités commerciales.

Oublier les échéances fiscales

TVA, cotisations, impôts et régularisations peuvent provoquer des sorties d’argent importantes si elles ne sont pas anticipées.

Confondre facturation et encaissement

Une facture émise ne signifie pas que l’argent est disponible. Utilisez une date de règlement réaliste pour chaque flux.

Ne pas prévoir de marge de sécurité

Un retard client ou une dépense imprévue peut suffire à fragiliser une trésorerie trop juste. Évaluez plusieurs scénarios lorsque l’activité est incertaine.

10. Quel outil utiliser pour faire un plan de trésorerie ?

Pour une petite structure, un tableur peut suffire à condition d’être bien organisé et régulièrement mis à jour. Les entreprises ayant de nombreux mouvements peuvent préférer un logiciel de gestion intégrant la facturation, les échéances et le suivi bancaire.

  • Un tableur : utile pour commencer, construire des scénarios et personnaliser les lignes de prévision.
  • Un logiciel de gestion : pratique pour centraliser les factures, suivre les paiements et limiter les saisies répétitives.
  • Un tableau de bord : permet de suivre les indicateurs essentiels et de comparer les prévisions aux réalisations.

Quel que soit l’outil choisi, assurez-vous de pouvoir identifier facilement le solde de départ, les encaissements, les décaissements, le solde final et les prochaines échéances importantes.

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Questions fréquentes sur le plan de trésorerie

Quelle est la durée idéale d’un plan de trésorerie ?

Une projection sur 12 mois permet généralement de visualiser les variations saisonnières et les échéances annuelles. En cas de difficultés de trésorerie, un suivi hebdomadaire ou sur une période plus courte peut compléter ce prévisionnel.

Comment calculer la trésorerie prévisionnelle ?

Ajoutez les encaissements prévus au solde de trésorerie initial, puis soustrayez les décaissements prévus. Le solde obtenu devient le solde initial de la période suivante.

Un plan de trésorerie est-il obligatoire ?

Il n’est pas une obligation comptable générale pour toutes les entreprises déjà en activité. Il peut cependant être demandé ou fortement recommandé dans certains contextes, notamment pour un projet de création, une demande de financement ou un dossier prévisionnel.

Que faire si le plan de trésorerie devient négatif ?

Identifiez d’abord les dates et les causes du manque de liquidités. Vous pouvez étudier les possibilités d’accélérer les encaissements, de négocier certains délais, d’ajuster les dépenses ou de solliciter un financement adapté. Il est préférable d’agir avant l’échéance plutôt que d’attendre un incident de paiement.

Quelle différence entre un plan de trésorerie et un budget prévisionnel ?

Le budget prévisionnel présente généralement les recettes et les dépenses ou produits et charges attendus. Le plan de trésorerie s’intéresse aux dates réelles d’entrée et de sortie d’argent. Les deux outils sont complémentaires.

Faut-il inclure les remboursements d’emprunts ?

Oui. Les échéances de remboursement doivent figurer dans le plan de trésorerie. Il convient de distinguer le remboursement du capital, les intérêts et les éventuels frais afin de bien analyser les flux et leurs incidences comptables.

Pour aller plus loin

Article informatif mis à jour en octobre 2026. Les prévisions doivent être adaptées à la situation de l’entreprise, à ses conditions de paiement et à ses obligations fiscales et sociales. Un plan de trésorerie reste un outil prévisionnel : il doit être actualisé au fil de l’activité.